Enduits à la chaux

Les enduits à la Chaux : un liant pour restaurer

La chaux, une histoire ancienne

De l’Antiquité à nos jours

Le liant a été utilisé dans l’art de la construction depuis les premiers âges de la Civilisation. Il servait à la consolidation des maçonneries et à leur décoration.

L’utilisation de la chaux remonte à des millénaires, des fresques égyptiennes aux monuments romains. Les traces de chaux les plus anciennes remonteraient à 10 000 ans avant J.-C. C’est en Mésopotamie que l’on a trouvé les premières calcinations du calcaire. Elle a beaucoup été utilisée par des peuples de l’Antiquité dans les travaux de construction (Egyptiens, Phéniciens, Etrusques, Grecs, Romains, Chinois…). Ils produisaient une chaux grasse (ou aérienne), utilisée comme liant dans la consolidation des maçonneries ou dans l’élaboration d’enduits et de couleurs minérales destinés à la peinture des fresques.

Cette tradition s’est perpétuée jusqu’au début du XXe siècle.

La période de Reconstruction marque le commencement du règne des ciments et bétons. Ces produits sont largement imposés par les techniques de construction contemporaines qui s’empressent d’abaisser au maximum les coûts de mise en œuvre. L’emploi systématique des liants artificiels commence à faire sentir ses effets sur l’environnement et le confort des habitations. L’utilisation des enduits à la chaux refait alors surface dans la construction moderne et à un degré moindre dans la rénovation.

Aujourd’hui, sa composition naturelle et sa capacité à se recycler infiniment en font un choix privilégié pour l’éco-rénovation.


Pourquoi des enduits à la chaux ?

L’enduit, c’est quoi ?

Un mélange plastique ou mortier avec lequel on recouvre un mur ou un plafond brut, en général pour leur donner une surface uniforme et plane et éventuellement d’autres caractéristiques et fonctions comme celle de protéger des intempéries ou de constituer un parement uniforme à caractère décoratif. L’enduit peut être appliqué en une ou plusieurs couches, d’une épaisseur déterminée, et n’atteint ses propriétés définitives qu’une fois posé et durci.

La chaux, c’est quoi ?

C’est un liant (matériau qui permet d’associer en un bloc des agrégats) provenant de la cuisson du calcaire à très haute température (environ 900° C). Elle se présente sous la forme d’une poudre claire. Mélangée à de l’eau et divers agrégats tels que le sable, elle devient une pâte onctueuse et souple qui durcit lentement à l’air. C’est un processus ancestral qui produit une substance aux multiples usages dans la construction.

La calcination du calcaire (carbonate de calcium) produit de l’oxyde de calcium (CaO), ou chaux vive, et du gaz carbonique, inutilisable en l’état pour le bâtiment. Pour en faire un liant il faut l’hydrater. Au contact de l’eau, elle se transforme en hydroxyde de calcium (Ca(OH)2), appelé chaux (aérienne, grasse ou maigre) éteinte, fleur de chaux en encore chaux blutée ! Prête à être utilisée dans les mortiers et enduits, elle durcit au contact de l’air.

Les avantages de la chaux

La chaux offre une bonne isolation thermique et phonique lorsqu’elle est couplée à des fibres végétales (paille, chanvre…). Sa résistance au gel est très satisfaisante étant peu sensible aux variations climatiques. Excellent ignifuge, elle est capable de résister à une température de 1800 à 2000° C (le ciment = 400° C).

De plus, au contact du gaz carbonique de l’air, au fur et à mesure de sa solidification, le calcaire originel se reconstitue et, par conséquent, renforce son pouvoir protecteur : la chaux se « recarbonate ».

L’élasticité de la chaux, sa bonne adhérence, la rendent très agréable à travailler et lui permettent de s’adapter à de multiples supports. L’homogénéité de sa texture limite les risques de faïençage (fissuration). Son application peut être manuelle ou mécanique et toutes sortes de finitions peuvent lui être données.

Permettant au bâti de “respirer”, l’enduit à la chaux régule l’humidité intérieure et prévient les problèmes de moisissures.

La chaux est aussi un produit économiquement avantageux, notamment grâce à un très bon rendement volumique. Son dosage est de 40 à 50% inférieur à celui d’un ciment ordinaire, pour le recouvrement d’une surface similaire.

La chaux grasse est obtenue à partir de calcaires très purs (contenant de 0,1 à 1 %) d’argile, tandis que la chaux maigre est obtenue à partir de calcaires contenant de 2 à 8% d’argile. Cette dernière augmente peu de volume lorsqu’on la réduit à l’état de pâte, en revanche, la chaux grasse donne un volume plus important.

La chaux est hydraulique, quant à elle, contient plus de 12% d’argile, elle fait sa prise d’abord au contact de l’eau, puis de l’air (prise plus rapide que celle de la chaux aérienne, qui fait sa prise au contact de l’air). Cependant la chaux aérienne durcit davantage.

La chaux hydraulique et la chaux aérienne peuvent toutes les deux être utilisées pour les corps d’enduit, et les finitions intérieures et extérieures.


Les usages de la chaux en façade

L’enduit

L’enduit à la chaux naturelle assure une protection optimale de la façade.

Son rôle:
L’enduit au mortier de chaux naturelle employé sur le bâti ancien est appliqué autant sur une maçonnerie en pierre que sur le torchis qui constitue le remplissage du pan de bois. Ses fonctions sont les suivantes :

  • Il protège des intempéries,
  • Il laisse ”respirer“ le support,
  • Il a la souplesse compatible avec celui-ci,
  • Il n’engendre pas de phénomène de retrait et ne se fissure pas,
  • Il participe par sa texture et sa couleur au décor de la maison.

Sa composition :
Un enduit à la chaux se compose de chaux, de sable et d’eau.
Les dosages changent selon le type de sable, le type de chaux et le type d’enduit.

Les proportions sont donc variables : de 1/4 à 1/3 de chaux pour 3/4 à 2/3 de sable sec.

Les deux types de chaux les mieux adaptés au bâti ancien sont la chaux aérienne (chaux grasse) et la chaux hydraulique naturelle.

  • La chaux aérienne donne à l’enduit un bel aspect et une tenue irréprochable, mais son temps de prise est long.
  • La chaux hydraulique (appropriée pour la 1ère couche) a un temps de prise beaucoup plus court et peut laisser apparaître des phénomènes de condensation sans gravité. L’enduit a la couleur du sable et des pigments qu’il contient.

La finition

L’aspect, la texture et la couleur définitive d’une façade peuvent être de différentes natures selon le matériau choisi et sa mise en œuvre.

L’enduit de finition de la façade

C’est en général la troisième couche de l’enduit, constituée d’un mortier à la chaux naturelle, elle constitue la protection du bâtiment contre les intempéries. Cette dernière peut être colorée (teintée dans la masse) ou texturée.

L’enduit de parement.

Cela peut être la dernière couche d’un enduit traditionnel. Il n’a en fait qu’une fonction de finition décorative. On trouve sur le marché des enduits de parement minéraux ou organiques (chaux naturelle, ciment ou plastique) à appliquer soit manuellement soit mécaniquement (projeté). Seuls les enduits à la chaux naturelle conviennent aux constructions anciennes, tandis que les autres matériaux empêchent l’évaporation de l’humidité des murs.

Le crépi

Le crépi est un enduit de parement projeté mécaniquement, il est essentiellement constitué de liant au ciment. On parle aujourd’hui aussi de crépi plastique à base de liants organiques. Ce type de matériau est étanche et empêche la respiration du mur, il n’est pas adapté aux maisons traditionnelles.

La peinture et le badigeon.

Ce sont des couches superficielles, c’est-à-dire un film qu’on applique sur une surface déjà enduite. Ces finitions sont plus fragiles face aux intempéries. Toutefois les badigeons réalisés « à fresco » sont souvent plus résistants aux intempéries que certaines peintures. Il existe différents types de peintures, celles adaptées aux enduits appliqués sur le bâti ancien comprennent plusieurs sortes de liants naturels : d’origine minérale* et d’origine organique*.

Le badigeon se compose d’un mélange plus ou moins dilué de chaux et d’eau. Traditionnellement on utilise une “chaux aérienne” diluée dans un volume d’eau variable en fonction de la fluidité recherchée (de 1 à 4 volumes de chaux). L’application se fait en deux couches à une journée d’intervalle. L’emploi d’un fixateur est nécessaire pour fixer le lait de chaux.

La coloration s’obtient en ajoutant des pigments naturels (ocres) ou des oxydes. La pre

Mettre en œuvre un enduit à la chaux

Application :

1ère couche : gobetis (entre 1 et 2 jours de séchage)

2e couche : corps d’enduit (quelques jours de séchage, environ 7)

3e couche : couche de finition (le séchage peut prendre 1 mois voire plus)

  • Taloche (peut être fabriquée avec des planches de bois)
  • Truelle
  • Bacs
  • Gants
  • Lunettes de protection

Dosages

Dosages pour enduits à la chaux proposés et utilisés lors du stage « Mettez la main à la pâte » du 4 mai 2024 : un mélange de chaux hydraulique et de chaux aérienne.

Gobetis :
  • 3 seaux de sable
  • 1 seau de chaux hydraulique
  • Environ 1 sceau d’eau (à ajouter au fur et à mesure et vérifier la texture)

(x2 mais à répéter en fonction de la surface)

Puis

  • 2 seaux de sable
  • 1 seau de briques pilées (qui permet d’accélérer la prise)
  • 1 seau de chaux grasse

(x2 mais à répéter en fonction de la surface)

Corps d’enduits :
  • 2 seaux de sable
  • 1 seau de briques pilées (qui permet de faire durcir la chaux aérienne)
  • 1 seau de chaux grasse
Couche de finitions :

Chaux grasse = 1 seau

Eau = ½ seau

Sable fin, tamisé = 3 seaux

  • Mouiller la surface
  • Jeter la matière (prendre un peu de mortier sur le bout de la truelle et le jeter sur le support d’un mouvement du poignet)
  • Egaliser, régulariser avec la truelle
  • Talocher (+ lisser pour la couche de finition et faire des mouvements circulaires)

Pour aller plus loin : Ressources en vidéo pour apprendre à réaliser soi-même ses enduits à la chaux.

des pros : Philippe Lamothe, Christophe Gehl, Bisceglia…

Sources :